Suis-moi, je fuis !

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pix by Baptigrou

Quand on balbutie une langue étrangère, on commence souvent par les mêmes bases : “bonjour”, “au revoir”,”s’il vous plait”, “merci”, “où sont les WC ?”, “je suis français-e/autre nationalité” et “Je m’appelle…”

My name is…

Mi chiamo…

Mi suòni…

Ich heiße…

…اسمي

Pour écrire, j’ai besoin de savoir qui je suis. Pour dire qui je suis, j’ai besoin de me nommer.

Ce blog, ces lieux, étaient ceux d’un nom que je n’ai plus le droit d’utiliser.

Je m’en vais donc, laissant derrière moi un pseudonyme et une sale histoire. Tous les contenues, eux, m’ont suivis. Il manque l’essentiel : vous.

Pour suivre le lapin blanc, il suffit de cliquer là : http://lacalizarine.wordpress.com

Débaptême

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pix by me

C’était dans ma boite ce matin. Un mail parmi 5 autres. Objet “Droits d’auteur”.

Le ton, à la première lecture, est presque bienveillant. Ou alors suis-je trop occupée, à la fin de cette première lecture, à déplier mon plexus suite au coup virtuel qu’il vient de s’encaisser pour aller au delà des premiers mots.

On me demande de changer le titre et le sous-titre de mon blog car ils enfreignent les droits d’auteur. Les droits de Miss.Tic, l’artiste que je citais, l’auteur de ce mail.

Sonnée.

Putain de bordel de merde. Moi qui fait attention à donner les noms des photographes ou des graphistes créateurs de toutes les images que je mets en ligne, lien à l’appui, toutes libres ou sous licence CC. Moi qui, lundi, faisait justement un cours sur ce sujet, les droits d’auteur, le plagiat, les droits moraux, patrimoniaux, tout le toutim. Moi qui avait été attentive à citer la poétesse, lien à l’appui, dans la colonne de gauche, de manière bien visible sur le blog. Moi, je me suis plantée, je n’ai pas respecté les droits à la lettre, je me suis faite avoir pas ces libertés que tout le monde prend.

Honteuse.

Je cris mon désarroi sur Twitter, il y a du monde, on réagit, on se répond, je relis le mail. Et à la deuxième lecture, puis la troisième, puis toutes les suivantes, le ton du mail n’est plus du tout bienveillant. Celle qui elle-même utilise un pseudonyme me demande d’abandonner mon identité. Non, sur la défensive, elle l’exige.

Nue.

Je me sens accusée, accusée de vouloir utiliser son image et sa notoriété là où je faisais une référence, pas un hommage, elle est vivante, mais quelque chose comme ça, à son art des rues, à ses mots qui claquent, à son sens de la formule. Là où je pensais peut-être faire découvrir tout cela à des personnes qui ne connaitraient pas, qui ne connaitraient que peu, jeter l’attention des quelques personnes qui me suivent, partager, tout simplement, comme quand je parle de livres, comme quand je laisse Alice et Lewis se balader ici et là…

Froissée.

Et ce mot sur lequel mes yeux reviennent sans cesse : “plagier”, “plagier”, “plagier”. Ce mot est tellement gros, tellement énorme que je ne me rends même pas tout de suite compte de ce qu’il est précisément. Le plagiat concerne quelqu’un qui détourne une œuvre sans citer, intentionnellement ou pas, l’auteur de cette œuvre. J’ai peut-être, non, sûrement, enfin, oui, j’ai enfreint les droits d’auteur, maladroitement, mais j’assume, je l’ai fait, mais plagié… bullshit, non !

Colère.

Je lis, encore, et j’entends entre les lignes, presque un défi, celui de trouver, d’inventer, de créer par moi-même. Est-ce qu’elle sait, celle qui vit de ses mots, celle qui se déploie sur les murs, celle qui a la reconnaissance institutionnelle, est-ce qu’elle sait comment la création peut être fragile chez les autres ? Comment ces mots à elle, plus que ceux de la plupart des anonymes, ont un poids pour d’autres ?

Désarroi.

J’ai effacé les références. Il n’y a plus de titre, plus de sous titre, plus de lien ou de référence dans la colonne de gauche. Plus que jamais je comprends qu’on fasse respecter ses droits d’auteur et il ne me viendrait pas à l’idée de tenter de négocier quoique ce soit sur ce point là.

Mais à chaud, je me sens sale (et pas à cause de ce que j’ai fait), je me sens nue alors que je commençais tout juste à apprivoiser cette identité 2.0 là, je me sens triste comme si j’avais perdu quelqu’un que j’aimais bien, je me sens un peu stupide, je ne me sens plus à ma place dans mes propres blogo-murs et j’ai un peu de mal à savoir qui je suis.

Notes de bas de page :

- Oui, guettez, ça sent le déménagement à plein nez cette histoire même si je n’ai encore rien décidé. ça ne sera pas le premier, ça ne sera pas le dernier. Fuite en avant, encore, toujours.

- La technologie s’y met aussi ? Worpress a fait sauter presque tous mes widgets sur la sidebar, j’essaie de rétablir ça.

Reconversion

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Aujourd’hui, au détour d’une conversation, quelqu’un me confiait, au collège, qu’elle se verrait bien ouvrir un salon de thé avec un espace librairie.

Moi aussi.

Avec des cupcakes.

pix by Kristin_a

(Je n’ai jamais préparé un cupcake mais ce n’est pas la question)

On était sur la fin de l’après-midi et je désherbais activement la bibliothèque du CDI. (Oui, parfois, je suis tellement débordée que je n’arrive à rien alors je me lance dans un truc long, fastidieux, qui ne revêt strictement aucun caractère d’urgence, mais qui m’apporte une grande satisfaction visuelle tout en me demandant un minimum de mobilisation intellectuelle).

Une fois mes presque 250 exemplaires mis au rebut ou rangé dans la réserve, alors que je nettoyais grossièrement la base documentaire d’un doigt, j’ai repensé à ce bref échange.

J’adore ce que je fais. Mon métier, hein. Mais j’ai dû mal à imaginer comment je pourrais faire ça pendant plus ou moins 40 ans.

Non, pas à cause des élèves.

Non, pas à cause de l’évolution du livre vers le support numérique.

Non, pas à cause du manque de reconnaissance du rôle des professeurs documentalistes (tiens, l’arlésienne ressort : on nous parle de nouveau d’une agreg’ de doc) parce que quelque part, je l’ai accepté en signant mon arrêté d’affectation.

Non, je crois que ce qui finira par me décourager, par m’ôter l’envie, par m’abrutir, ce sont les lourdeurs, des dysfonctionnements, les conneries de l’Education Nationale.

Je ne parle même pas des véritables combats de fond, sur le nombre d’élèves en classe, les heures à faire dans une semaine, tout ce qu’on nous demande en plus sans nous donner d’avantage de temps (ni d’argent), les manques de surveillants, de personnels d’une façon générale…

Non, je parle…

Tiens, ces néons qui ne fonctionnent jamais en salle des profs, donnant à l’hiver une tristesse lugubre. Mais il faudrait un électricien…

Cet argent qu’on a, là, en fin d’année, disponible, mais avec lequel on ne peut pas acheter un bac à bande dessinée, un ordinateur pour la Vie Scolaire, une table de ping pong, bref, un truc utile pour lequel on a jamais d’argent.

Ces petites frustrations là, répétées, cumulées, qui bouffent une journée, une semaine, un trimestre, une année…

Enfin, c’est peut-être à cause de la journée d’aujourd’hui, aussi, que je pense comme ça. Va savoir.

Note de bas de page :

- M’enfin, avec 22 élèves par classe, un budget doublé, moins de réunions mais plus efficace, un rectorat qu’il ne faut pas appeler à chaque modification dans nos dossiers qu’il s’agisse de notre adresse comme de notre note d’inspection, un surveillant pour 50 élèves, un CPE pour 250 élèves, et, soyons fous, des salaires qui augmentent plus rapidement que les impôts, ben peut-être que les petites frustrations, on les gérerait mieux. Mais bon, #JDCJDR

Elles et moi

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pix by Mockstar

Celuiquim’accompagne joue de la guitare. Électrique. Sèche aussi mais surtout éléctrique Et vous savez quoi ?

- il me croit à la tête d’un répertoire musical que je suis en réalité loin de maîtrisée parce qu’environ 4 fois sur 5, quand il me demande si je reconnais ce qu’il travaille et qu’il me donne le titre de la chanson, ça ne me dit rien du tout.

- il est persuadé que les 4 cm de contre-plaqué de la porte suffisent à rivaliser avec les 15 watts de son ampli à lampes parce qu’il croit que je ne l’entends pas depuis le salon alors que je me contente de regarder des films en sous-titré ou les concours d’obstacle et de cross sur équidia, bref, des trucs pour lesquels le son n’est pas indispensable

- qu’il joue dans la chambre ou dans le salon, il s’imagine que je l’écoute.

Note de bas de page :

- Oui, je finirai par lui expliquer la nuance entre entendre et écouter.

- Moi, tout ce que je voudrais, c’est une chambre à moi (n’est-ce pas Zelda ?)

Toxico

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pix by Ideagrilmedia

Dans le cadre de mon travail, j’utilise volontiers les mails.

Déjà parce que téléphoner, au CDI, c’est sportif. Si, si, je t’assure. Je n’ai pas de ligne extérieure donc je dois appeler l’accueil, donner le numéro et l’identité de mon correspondant, attendre que l’agent puisse me transférer l’appel – des fois tout de suite, des fois dix minutes plus tard, donc assez longtemps pour qu’il me soit tomber un truc dessus qui fasse que je n’ai plus le temps de m’occuper de mon coup de fil – des fois pour me retrouver avec le bip répétitif d’une ligne coupée parce qu’elle est agent, notre agent, pas secrétaire, donc elle tape le numéro, elle transfère, et pour peu que je décroche pas assez vite, à l’autre bout, on raccroche ; et quand j’arrive à avoir les gens, la conversation – ponctuée de “Kevin, ne profite pas que je sois au téléphone pour aller sur des sites de jeux en ligne”, “Léa et Théa, pas à deux sur un seul fauteuil”, “Tout le monde, moins de bruit, on est pas à la cafét’ du coin de la rue ici” – se termine bien souvent par un “très bien, je vous envoie tout ça par mail”.

Aussi parce que ça permet de faire le truc au moment où tu y penses aussi. Parce que je gère j’ai arrêté de compter combien de choses de front, toutes plus ou moins en même temps, voir carrément en même temps quand mes mains et ma bouche n’ont pas besoin de traiter du même sujet, alors quand je peux me vider la tête d’une question ou d’une demande d’info et bien je ne m’en prive pas.

Puis parce que ça donne la possibilité de dire un truc à tout un tas de gens en même temps et que ça économise le temps, l’énergie et le papier du, encore en partie indétrônable, petit mot dans tous les casiers. Car sache, toi qui n’as jamais eu à relever le défi herculéen de la circulation de l’info dans un établissement scolaire, que les profs (chers collègues, je vous aime quand même), tu peux leur coller huit affiches au mètre carré en salle des profs en choisissant des points stratégiques tels qu’à côté du téléphone et sur la machine à café (non, pas sur le panneau d’affichage), et bien les profs, ils sont capables de ne pas voir ton info. Nan, le prof, il lui faut son mot à lui dedans son casier à lui et je pourrais doubler la phrase au féminin parce que s’il y a un point sur lequel l’égalité des sexes est atteinte, c’est bien celui-ci. Et encore, là tu n’es pas sûr qu’il/elle ne rate pas le mot parce qu’il y a eu des trucs empilés dessus. (C’est là que tu dégaines ton scotch et que tu emploies l’ultimate : le petit mot SUR la porte du casier.)

***

Cette année encore, je me suis présentée sur une des listes pour les élections au Conseil d’Administration. Attends, attends, pars pas, y a un rapport avec le début : pour échanger avec mes colistiers, j’ai proposé qu’on utilise nos messageries personnelles plutôt que celle du réseau interne du bahut (pour tout un tas de raisons qui ne sont pas l’objet de ce post). Et là, j’avoue que je suis sidérée.

Il y en a, oui m’sieur-dame, il y en a qui n’ont pas de messagerie personnelle. Des profs. Les mêmes qui doivent remplir le cahier de texte de la classe et les bulletins de notes en ligne, hein, pas des gens qui ne savent pas double cliquer sur un icône. (Je ne te parle même pas de la messagerie académique : on en a tous une, sur laquelle le ministère et le rectorat nous écrivent, entre autres, mais je suis la seule à consulter la mienne régulièrement. Hum.) Pas de mail. Bon.

Et alors aussi, parmi ceux qui ont une messagerie perso ou faisant fonction (messagerie familiale…), la plupart ne les consulte qu’une à deux fois par semaine.

Parmi eux, je me fais l’impression d’une intoxiquée, addict à l’Internet, dépendante, une quasi nolife, avec mon blog, mon twitter et mes mails qui s’affichent sur mon téléphone portable. J’ai trois adresses mails professionnelles, une adresse “militantisme”, trois pour le web 2.0, une personnelle, une pour gtalk et je ne suis pas certaine de ne pas en oublier. Je touche sans doute l’autre extrême de celui de ces collègues…

Je pense que je pourrais comprendre qu’ils en fassent un parti pris, un choix réfléchi, une décision mûrie mais non, c’est plutôt qu’ils n’ont pas cherché à essayer, qu’ils ne se demandent pas ce que ça apporte.

Depuis, quand je ne suis pas en train de rouspéter intérieurement parce que j’ai envoyé un truc urgent et que personne ne me répond, je dresse mentalement la liste de tous ce pour quoi une adresse mail est indispensable.

Passer une commande en ligne de choses que tu ne trouverais pas autrement.

S’abonner à des lettres d’informations qui n’existent pas en format papier.

Ouvrir un compte sur quelque site internet que ce soit.

Spamer sa belle-famille.

En fait, ça n’a pas l’air de grand chose, cette histoire de messagerie. Mais quelque part, ça témoigne d’un fossé abyssal entre leurs quotidiens et le mien.

Note de bas de page :

- Je ne sais pas qu’elle est la morale de cette histoire.

Nous sommes les 99%

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Mardi, c’était férié. Mardi, c’était les vacances. Mardi, je m’en suis allée à Estroland et sous les caméras de surveillance de cette ville parfois si laide, j’ai participé à ça :

Notes de bas de page :

- Faut cliquer sur les photos pour les voir en grand

- Les banderoles dans une langue qu’on comprend pas, ce sont des Turcs et des Kurdes. Je regrette de ne pas avoir réussi à prendre la délégation coréenne.

- C’était mon récit du contre G20. Sans mots parce que des fois ils sont un peu faibles.

- Comme pour les autres contenus du site, on peut emprunter les photos. Je demande juste qu’on rappelle qu’elles sont “l’oeuvre” de La Voyelle.

Poisson rouge

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J’avais oublié qu’on rentrait demain. Enfin, pas vraiment, je savais que c’était demain mais j’ai pas pensé que demain c’était demain…

C’est à dire qu’il fallait que j’ai fini certaines lectures, préparés les cours de demain et vendredi, fait mes sauvegardes, relancée le logiciel documentaire, mis de l’ordre dans mes documents concernant les 6e et je ne sais trop quoi encore.

Du coup, c’est un peu la panique à bord et je me bats pour me coucher avant minuit tout en ayant de quoi faire bosser ma classe à 8h.

Autant vous dire qu’il va falloir patienter un peu pour les photos de la manif du contre G20.

Mais sinon, ça va, hein.

Thème imposé

Ce matin, j’étais en panne d’inspiration pour écrire alors je suis allé chouiner sur Twitter à la recherche d’une contrainte d’écriture ou d’un thème, un point de départ, quoi.

Et on m’a proposé ça :

Voilà un thème qui peut prêter à un post brillant de courage et de crânerie, dégoulinant de modestie et d’autosatisfaction, trépidant de suspense et de hardiesse.

Sauf que je sèche.

J’ai demandé à Celuiquim’accompagne, pour voir, mais rien ne lui vient non plus.

Me voilà donc bien embêtée. Comment je le fais, moi, ce post aventureux et téméraire ? Comment j’endosse le costume de l’héroïne hardie et prête à tout ?

Et bien je n’endosse rien et je vous l’avoue sans parure : je suis plein de chose mais pas audacieuse… Folle, ça, c’est un autre débat.

Et cet été, tu sais, là bas me souffle une petite voix pendant que je tape ces mots.

Ah, oui, cet été… Est-ce qu’il s’agissait d’audace ? De folie, sans doute…

***

Elle était immense, énorme et criait sans cesse. Elle était l’incarnation physique du concept de débordement. Débordement par son poids, débordement par ses humeurs, débordement par sa frustration. Je ne sais pas si elle me faisait peur mais je peux dire que je la craignais.

C’était ma patronne pour l’été. L’été de mes 20 ans, fêté maladroitement là-bas, d’ailleurs. Mon premier job hors de la famille ou des amis proches. Un vrai job d’été, si ce n’est qu’on n’était pas vraiment payées. Logées, blanchies, nourries et des heures de cheval à en perdre la peau de nos fesses, plus quelques billets.

Tout a commencé avec une petite annonce. J’étais encore, à l’époque, abonnée à un magazine de cheval. Quelqu’un cherchait des cavaliers pour l’été. Centre de balades à cheval pour touriste, dans le milieu de la France. Je savais que ma Tite Soeur cherchait un boulot et avec son niveau galop 7, elle me semblait répondre aux critères. Je lui ai envoyé l’annonce. Le soir même, sur un tchat (est-ce qu’on utilisait encore caramail ?), elle me peignait un tableau idéal. La paie n’était pas lourde, surtout quand on déduisait le train et les autres dépenses obligatoires mais il fallait s’occuper des chevaux et encadrer les clients pendant les balades. La patronne proposait le gite et le couvert, un jour de congés par semaine. Elle avait déjà accepté ma Tite Soeur. Et elle cherchait quelqu’un d’autre.

On a passé une partie de la nuit à se faire des films dans lesquels nous cavalions bottes à bottes dans un décor idyllique. Le lendemain, j’ai appelé pour proposer ma candidature mais la place avait été pourvue entre temps. Quelques semaines plus tard, alors que je me désespérais de trouver un job d’été et que je me voyais déjà pieds et poings liés en vacances avec mes parents, la patronne a rappelé. Désistement de la deuxième cavalière, le poste était pour moi.

On a cru partir vivre un truc extraordinaire. Si on prend le mot dans sa première acception, ça a été le cas.

Je crois que je me souviendrai toute ma vie du jour de notre arrivée. On s’était débrouillée pour prendre le même train et on a passé le trajet à imaginer les chevaux, le matériel, le travail, la patronne, en se répétant qu’il ne fallait pas qu’on s’emballe trop, qu’on ne se fasse pas une idée trop précise…

Deux mois de vêtements et autres affaires, je vous passe le bordel qu’on se trainait dans ce petit train. Et sur le quai d’une toute petite gare, elle est arrivée. “Vous ne pourrez pas me rater, je suis blonde, enceinte et je pèse dans les 90 kilos”. Ah, ça, non, on ne pouvait pas la rater, en effet. C’est curieux d’ailleurs, je n’en garde pas l’image d’une femme enceinte bien qu’on soit restée chez elle pendant son 7e et son 8e mois. Peut-être parce qu’elle était tout sauf maternelle. Peut-être parce qu’elle a repris la cigarette, à cause de nous laissait-elle entendre. “Elles s’en sortent tellement mal et moi, là, je peux rien faire alors ça me stresse, si je fume pas, je tiens pas”. Peut-être parce qu’elle buvait de l’alcool à l’apéritif. Peut-être parce que je n’ai jamais vu le bébé autrement qu’en photo. Peu importe, va.

Toujours est-il que de cette gare, on a chargé nos affaires dans une vieille bagnole cradingue. Et nous qui n’avions que l’envie de découvrir les chevaux, les installations, la maison, nous sommes retrouvé au supermarché à faire les courses les plus improbables de ma vie, puis à distribuer des prospectus sur toute la route du retour, à aller chercher la gamine à l’école et enfin, à découvrir la maison…

Le soir, on forçait notre enthousiasme. La vérité, c’est qu’on ne s’attendait pas à ça. Pas à elle, pas à une cette sellerie tellement encombrée qu’on pouvait à peine y marcher, pas à ne même pas voir les chevaux ce jour-là, pas à un accueil comme si venir nous récupérer n’était qu’une tâche comme une autre dans le fouillis d’une journée trop remplie.

Je n’étais pas vraiment montée à cheval depuis 6 ans environ, à part une balade ici ou là. Je paniquais un peu. J’ignorais que la première fois que je me remettrais en selle, se serait sur une jument qui n’avait pas été montée depuis presqu’un an, qu’il faudrait que je prenne un chemin dont je ne connaissais rien, qu’il y aurait avec moi une inconnue qui n’en savait guère plus que moi et que la tâche à priori simple de ramener deux chevaux au centre, à moins d’une demi heure de là, s’avérerait une épique sortie de presque deux heures à errer sur des chemins en cul de sac… J’essuyais ma première engueulade. Pas la dernière, et de loin.

De cet été là, je garde une foule de souvenir d’une netteté rare mais surtout une impression générale. Je suis revenue laminée, l’estime de soi six pieds sous terre et emplie, pourtant, d’un énorme enthousiasme. Je suis revenue coupée en deux, pleine du bonheur des chevaux et pleine de tout ce que j’avais raté, mal fait, pas réussi à faire, pleine de ce boulet de stresse, de peur, d’humiliation qui s’était formé là bas et s’était profondément attaché à ma chair.

Depuis quelques temps, je regarde cette période avec le regret de ne pas avoir su en profiter, de ne pas avoir essayé de m’affirmer, de ne pas avoir eu même l’idée de répondre, de prendre des initiatives, de proposer. J’ai subis cet été.

Voilà sans doute pourquoi ça ne m’apparaît pas comme ma plus grande audace. Pourtant, il m’a tout de même fallu un certain culot pour me présenter là-bas avec mon niveau d’équitation et toutes mes ignorances en matière de cheval, sans être sportive pour deux sous, n’ayant même pas une bombe à ma taille. Il m’a fallu une pugnacité que je ne me connaissais pas quand ma Tite Soeur a décidé de laisser tomber après qu’on se soit pris dans les dents qu’elle allait diviser notre paie par deux pour prendre une troisième personne qui n’est jamais venu finalement, pour dire qu’on ne pouvait pas rentrer comme ça. Grâce à notre patronne, je suis revenue persuadée d’avoir échouée. Avec le recul, je me dois d’avouer que je n’ai jamais autant pris sur moi, que je n’ai jamais autant dépassé ce que je croyais être capable de faire, autant fait sans me donner le droit d’échouer. Et cela non pas une fois mais tous les jours pendant presque huit semaines.

Jamais, sans doute, je n’aurais l’occasion de lui dire ces choses là. De toutes manières, ça ne l’ébranlerait pas.

Le centre a fermé. On ne sait pas ce que sont devenus la plupart des chevaux. Elle a changé de région mais on ne sait pas pour aller où.

Va savoir, un jour, je la croiserais peut-être. Et alors, la véritable audace serait-elle de lui balancer quelques vérités ou de la voir comme insignifiante dans ma vie ?

Notes de bas de page :

- Avec quelques temps de retard, Celuiquim’accompagne me propose mes candidatures à des élections locales et nationales comme plus grande audace. Mais je ne trouve pas que donner son nom et sa photo quand on est certaine d’être inéligible soit si audacieux.

- Et vous, votre plus grande folie, votre plus grande audace, c’est quoi ?

Ces twitteuses qui font rien que faire des bébés

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pix by 64k.be

Sur ma TL, il faut le dire, ça cause de plus en plus de mioches. Pas des grands comme mes élèves, non. Des petiots, des chiards, des morveux, du genre qui causent pas encore voire qui sont même pas encore né-e-s.

Et que je te parle écharpe de portage, histoire d’amour avec des coussins d’allaitement, liste de naissance, faire part sans poids ni taille, et que ça se compare à Eva Longoria (si, si, j’ai vu passer ça ce matin), que ça évalue la rondeur de son ventre, que ça t’annonce que la maternité a fini ses travaux, que ça cause d’envie de femme enceinte (panini poulet chèvre, oui m’sieur-dame). Ouais, sur ma TL, ça parle d’ACCOUCHEMENT, de SAGE FEMME (et de RDV raté, hein, on ne dénoncera personne), de distance que l’on peut mettre entre la maternité et soi à je ne sais combien de jours du terme.

Ma TL t’apprend des trucs dingues comme que les premiers jours, un bébé fille (une bébé ?) ça peut avoir quelque chose qui ressemble à des règles et que c’est normal et même pas grave.

Un rumeur coure également selon laquelle la grossesse ferrait perdre des synapses, mais ça, ce n’est pas scientifiquement prouvé.

En résumé, ma TL disserte de la plupart de mes angoisses de mère-un-jour-peut-être. Elle me pose des questions dont je comprends même pas les origines. Elle me donne aussi des réponses que je ne cherchais pas. Elle me plonge jusqu’au coup dans les couches (lavables) et les bavoirs (en coton bio).

Et tu sais quoi ? J’adore ça.

Notes de bas de page :

- C’est leurs fautes à elles : elle, elle, elle, elle, elle et elle aussi mais pas pareil. (Noez que c’est une couche lavable, en photo).

- Bon, sinon, ma TL, elle parle aussi de conserves de soupe, de congélateur à offrir, de coup de fil louche façon web 3.0, de victoire contre un paquet de cigarette (\o/), de déménagement de Tunisie, de changement d’avatar, de calculatrice plus grosse qu’un Ipad et de chat acteur pistonné pour jouer à Hollywood.

- Je vous voir venir de loiiiiiin avec vos GROS sabots alors attention à ce que vous allez sous-entendre dans vos commentaires…

Mon corps m’a dit…

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pix by Raïssa B

“Hey, ho, je suis là ! C’est quoi ces façons de faire ? Depuis quelques semaines, tu te sers de moi sans ménagement, là, sans un regard, sans un égard. Moyen de transport d’ici à là. Boite à outil dans laquelle on pioche les membres et les articulations dont on a besoin pour accomplir ceci ou cela. Des couches de vêtements non pas pour me protéger mais pour ne pas être gênée par la sensation du froid. De la nourriture, pour renvoyer temporairement la faim aux oubliettes. Le minima de soins, hygiène de base, un peu de crème et de lait certains jours, du maquillage par habitude. Est-ce que tu m’as regardé, ces derniers temps ? Est-ce que tu m’as écouté ?

Tu as entendu les signes d’alerte. Je flanchais, fatiguais. La menace de la maladie, ça, oui, tu y a été attentive ! Tu te protèges d’un rhume, d’une grippe, d’une gastro, comme d’autant de poisons mortels, parce que tu es terrorisée à l’idée que ça te provoque une nouvelle crise d’épilepsie. Alors, là, oui, tu as réagis. Ginseng, Gelée Royale, Guarana, Gingembre, Acerola, tout ça en shaker dans un grand verre de jus de fruits au petit déjeuner. Et du sommeil. Voilà. Pour l’instant, ça a suffit. Alors aussitôt, tu te désintéresses.

Tu pestes, même, quand, à cheval, la cheville ne s’assouplit pas assez, l’équilibre se répartit mal. Le tennis, depuis trois semaines tu n’y as pas mis les semelles. Le terrain de course, on n’en parlera même pas, hein. Facile, oui, facile d’exiger quand tu en as besoin et de ne plus se préoccuper de rien ensuite !

Mais regarde ! Tu tournes sur 3 pantalons parce que tu ne rentres plus dans les autres (heureusement que les jupes ont davantage indulgentes). En soit, quelques kilos en plus, ce n’est pas grave. Mais d’où il vient, ce poids ? La flemme de se nourrir correctement, les casses dalles sur le pouce avec du pain et du fromage à l’heure du repas et quoi d’autre dans l’après-midi parce que faiiiiim ? Des kilos non pas d’hiver qui s’installe, non pas de gourmandise en bonne et due forme, non pas de fêtes alcoolisées, de repas plantureux entre amis, en famille. Non, des kilos de désintérêt pour l’assiette, des kilos de solution de facilité, des kilos de remise à demain. Et tu sais que chez toi une prise de poids n’est jamais anodine. Pas quand elle s’installe un tant soit peu dans la durée, pas quand il n’y a pas de cause extérieure inattaquable, c’est notre histoire.

Puis regarde tes cheveux, secs, plats, ternes, la couleur ne cache plus rien. Regarde ta peau, agressée, rougis, fatiguée et ces deux marques autour de tes lèvres, marques usées des expressions. Regarde tes ongles, coupés courts parce que cassés, parce que rongé. Regarde ne serait-ce que les vêtements que tu portes…

Pendant des années, tu m’as maltraité.

Ensuite, tu es devenue attentive à l’excès.

Et là, on dirait que tu t’en fiches, que tu me délaisses. Elles ne sont pas si loin, pourtant, toutes ces résolutions me concernant…

Alors écoute moi. Regarde moi. On ne peut pas fonctionner l’un contre l’autre. Je te demande un tout petit peu d’attention. Je te demande quelques gestes simples. Je te demande juste de faire en sorte que je n’aille pas mal pour que tu ailles bien.”

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